Je m’excuse d’être une femme noire…

Je m’excuse d’être noire tout d’abord pour ma couleur de peau. Il est vrai que je suis noire mais pas assez clair pour ressembler à une antillaise (comme on me l’a dit tellement). Ma couleur de peau est la première chose que l’on voit… qu’on remarque, qui est visible… une minorité visible. Je m’excuse de ne pas avoir choisi cette couleur qui dérange tant. Elle dérange parce qu’en ma présence on ne peut plus faire de blagues sur les Noirs, sur les étrangers. Parce qu’avec cette couleur de peau, l’autre aura toujours le sentiment que je suis une « victime de… » même si je me sens bien dans mon corps, dans ma vie, dans ma tête.x

Je m’excuse d’être noire pour ma culture, ou mes cultures. A croire que la couleur de peau définit une personne & sa culture, son histoire… ainsi je connais toutes les contrées du pays de l’Afrique puisque je suis noire… Oups, c’est vrai que depuis très récemment, l’Afrique n’est plus un pays mais une multitude de pays. Heureusement que Arte était là ! Mais attendez, il n’y a pas des noirs qu’en Afrique ? Mais d’où viens-tu alors ? Du même pays que toi… Non je veux dire, en vrai, tes origines… Je viens des Antilles par mes parents, du Cameroun, du Ghana, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal & du Mali par mes amis, je viens de l’Inde & de la Corée du Sud par ma curiosité, je viens de l’Amérique du Sud & du Nord par la musique… Ah mais oui, on vous a pas dit, la culture n’est pas définie par une couleur de peau…

Je m’excuse d’être noire pour ces vêtements que je porte, ces accessoires ethniques, faits par des rastas sur la plage de St Anne (Guadeloupe). Je m’excuse de venir au travail avec la carte de l’Afrique à mes oreilles, avec la Guadeloupe qui pend à mon coup, avec du wax ou du madras sur ma tête, avec ces vêtements colorés dits « exotiques ». Je m’excuse de vouloir porté visiblement mon appartenance à telles ou telles contrées du monde.

Je m’excuse d’être noire pour l’accent que je peux prendre quand je suis en colère (je ne contrôle plus rien là), pour les expressions pas française & mes mots sortis tout droit du créole. Je m’excuse encore pour mes nombreux tchip non calculés, pour mes regards de noires (soit-disant).

Je m’excuse d’être noire encore pour vouloir parler créole quand je me rencontre des antillais. Je m’excuse de défendre cette langue (et non pas un patois !!!!!!), une langue magnifique mais malheureusement pas assez pratiquée entre Antillais et pas assez mise en valeur.

Mais cette fois je m’excuse d’être Antillaise, Guadeloupéenne pour défendre mon pays… non pas mon département mais bien mon pays, pour défendre sa culture, son identité, sa langue, son économie, pour vouloir que toutes les inégalités disparaissent, pour vouloir plus d’autonomie pour un pays, une île qui est selon moi beaucoup trop dépendante de sa mère adoptive la France.

Je m’excuse de beaucoup de choses qui font de moi quelqu’un de différent. Je ne suis pas uniquement que ça, mais c’est bien souvent ce que les gens voient à travers mon comportement, mon attitude, mes regards, mes discours.

Je ne me prends point pour Aimée Césaire qui est trop grand pour moi. Vous aurez compris qu’ici je ne m’excuse pas vraiment mais je mets en évidences des choses que je vois autour de moi… je ne ressens pas tout cela comme du racisme mais plutôt comme une ignorance bien affligeante.

Pourquoi cet article ? Tout simplement parce qu’un jour un collègue est rentré dans mon bureau, m’a vu avec du madras sur ma tête et m’a appelé « La compagnie créole », tout simplement parce qu’on m’a appelé Jackson 5, tout simplement parce qu’on m’a appelé Lauryn Hill, tout simplement parce qu’on m’a montré à maintes reprises à quel point je suis différente. Ainsi je m’excuse de cette différence qui gène tant les autres… même si cette différence pour moi n’en ai pas une… même si tous les jours que Dieu fait et me permet de vivre, je vis bien avec ce que je suis… qui je suis…

Des Jordan Spizike

Cela fait maintenant plusieurs mois que je rêve d’acquérir des Jordan Spizike. N’étant pas une Sneaker Addict, mes connaissances dans le domaine sont pour le moins..limitées. Plusieurs fois tentée de les acheter à Paris, j’ai finalement décidé qu’il était préférable de plutôt les acheter ici, puisque j’avais toujours cru comprendre que la Grosse Pomme était le temple, la MECQUE des accros aux sneakers, rares ou non.

J’ai donc décidé d’aller dans un des stores les plus respectés du genre: le Flight Club.

Le design intérieur de la boutique m’a tout de suite plu et pour ainsi dire, on a plus l’impression d’être dans un musée de la basket que dans une boutique. Celle-ci a bâti sa réputation (d’après ce que j’ai pu comprendre) sur le fait de commercialiser des éditions limitées ou des modèles de baskets vintage que l’on ne trouvera nulle part ailleurs. Cela explique le prix de certaines paires, qui vont jusqu’à frôler la barre des 1000 dollars.

Et c’est donc là que commencent mes ennuis… Un vendeur ( charmant à souhait ) vient tout de suite me voir, et me propose de m’aider. Je n’y connais rien alors je me disais que la Spizike est une basket de base au même titre qu’une Air Force One et que je peux la trouver relativement partout. C’était jusqu’à ce que le vendeur éclate de rire et m’explique que ce n’est pas vraiment comme ça que ça se passe…et surtout qu’ils ne l’ont plu. Raison invoquée: les français !

Oui, vous avez bien lu. Dès que je lui ai dit que je recherchais des Spizike, il m’a répondu (et je n’invente rien): “Vous n’avez pas du tout l’accent, mais je parie que vous êtes française, n’est-ce pas ?”

– ” Oh mon Dieu ! Comment vous avez su ???? “

– “Les seules personnes qui achètent des Spizike ici, ce sont des françaises, précisément des parisiennes. Pas vrai ? (il demande à son collègue, qui acquiesce tout de suite). Les américaines n’achètent pas ce modèle, elles préfèrent des sneakers plus…Euh…basiques disons (rires)”.

Bon, c’est lui qui l’a dit hein..Bref, il me refile une adresse où je pourrais en trouver, mais celle-ci est à l’autre bout de Broadway..Que je décide de remonter à pieds. Mes pieds s’en souviennent encore. Toutefois, j’arrive donc à la boutique en question (Michael Kay) et devinez quoi ? Je tombe sur un client français qui vient d’embarquer la DERNIERE paire de Spizike et passe commande pour son prochain achat. Sans espoir, je file voir le vendeur, espérant qu’une paire se cache au fin fond de la réserve…Peine perdue, il me dit que la Spizike blanche n’est pas hyper-courante en boutiques, et surtout que beaucoup de français (les proprios de stores français) achètent la plupart du temps en avance, anticipant l’arrivée en boutiques. Du coup, il m’a conseillée d’aller sur…Ebay. Voilà donc. J’ai maintes fois repoussé l’achat à Paris, pensant que je trouverai mieux et moins cher à New York, et finalement, je vais devoir acheter en ligne. How ironic, “MEURCI LO FRONCE” *accent local* !

*Qualité photo dûe à des photos prises en douce, you already know

Petit détour

Petit détour par TopShop..bah oui quand même. J'achète en ligne et leur boutique parisienne qui était censée ouvrir à finir par devenir une légende urbaine.
Du coup, je me rattrape pour ainsi dire sur le store new yorkais. Question prix, ça reste aux alentours de 80 à 100 dollars et bien évidemment, le meilleur se trouve au
3ème étage dont la bonne moitié des rayons est exclusivement aux chaussures, comme vous le verrez plus bas en images.

L’autre coming-out

Quand nous avons créé C’est La Gêne, il y a environ une éternité, la question des nos surnoms ne s’est pas posée longtemps: il n’y avait parmi nous qu’une seule meuf, qu’un seul arabe, et qu’un seul pédé.

Mais il se trouve qu’il n’y avait pas qu’un seul juif.

Notre ami Le Juif n’ayant pas d’autre minorité à sa disposition, le patronyme en question lui a échu, d’autant plus naturellement qu’il était d’entre nous le plus marqué par son identité juive. Pour ma part, peu concerné que je suis par les affaires de religion et la politique internationale, je n’ai jamais songé que la question de mes origines viendrait un jour sur le tapis de jeu de C’est La Gêne. Et puis La Meuf s’est barrée en Israël, et puis elle a écrit deux articles enflammés qui n’ont pas manqué de déchaîner les foules – rien d’inhabituel, me suis-je dit. Et puis non, il y a comme quelque chose qui me démange. Alors voilà:

Je suis juif.

q

 

Pas juif à moitié, ni aux trois quarts, mais à 100%, un vrai youpin pur jus. Mais les choses ne sont pas si simples: mon père, ce grand homme, laïc convaincu, nous a expliqué très tôt que Dieu était une invention destinée à apaiser les masses, et que les religieux de tous bords étaient le plus grand fléau de l’humanité. Prompt depuis mon plus jeune âge à afficher mon athéisme triomphant, combien de fois ai-je entendu, de la bouche de juifs comme de non-juifs, l’inévitable « ben si t’es athée t’es pas juif alors? ». Pourquoi alors, ma grand-mère roulait-elle allègrement tous ses r ? Pourquoi ne cuisinait-elle pas de blanquette de veau et de coq au vin comme les autres grands-mères? Pourquoi nos ancêtres avaient-ils soufferts des siècles de discrimination, d’exils, de ségrégation, de pogroms, de massacres, et autres joyeusetés? Pourquoi ai-je été terrassé d’émotion en pénétrant dans le musée juif de Berlin ? Parce que je suis juif. Certes je suis français, et pas peu content de l’être. Mais lorsque je regarde Marie Antoinette, ai-je l’impression d’y voir mon Histoire? Non. Parce que mes ancêtres ne portaient ni perruques, ni crinolines: ils vivaient dans des shtetls en Pologne et dans la Juderia de Rhodes. Pourquoi ? Parce que je suis juif.

Mais il y a pire : je suis ce qu’on appelle un SIONISTE.

Je sais que ce mot a été galvaudé au point de perdre sa signification et de devenir une insulte. Mais devant les réactions horrifiés de certains lecteurs face aux articles de La Meuf dans lesquels elle affiche -peut-être de façon excessivement idéaliste- son soutien à Israël, devant l’incroyable flot de désabonnements à C’est La Gêne entraînées par lesdits articles (du jamais-vu), le pyromane en moi a une furieuse envie d’enfoncer le clou jusqu’au sang.

Je suis sioniste, parce que je soutiens l’idée d’un État Juif. Pour être parfaitement honnête, je me fous un peu que cet État s’élève sur les ruines du Temple ou sur les îles Falkland ; mais il se trouve qu’aujourd’hui Israël existe à un endroit précis et il nous faut faire avec. Peu importe qui était là avant et encore avant, juifs ou arabes : le monde a toujours évolué au gré des conflits et aucune frontière n’a jamais été éternelle. Ce qui n’exclut en rien l’évidence : les palestiniens doivent obtenir un État souverain, et les Israéliens devront s’en accommoder et apprendre à vivre en paix avec leurs voisins, ne serait-ce que parce que leur existence en dépend (pouet pouet).

Bien entendu, je ne me risquerai pas à prétendre qu’Israël est un État parfait. On y rencontre des partis politiques abjects, des graves injustices, et des violations des droits de l’homme impardonnables, comme dans tous les pays du monde depuis l’aube de l’humanité (et tout particulièrement ceux qui mènent une guerre pour leur survie depuis le jour de leur création). Il ne s’agit pas là de justifier les aspects les plus sombres de l’État d’Israël, juste d’admettre que la guerre est sale, que la guerre pue, et -comme l’ont montré magistralement Steven Spielberg et Tony Kushner dans Munich– que le sang salit. Mais quand je lis qu’Israël est un « État génocidaire », que le Hamas est une organisation terroriste « comme l’était la Résistance durant la seconde guerre mondiale », que soutenir Israël est désormais considéré par certains comme l’apanage exclusif des réacs, que C’est La Gêne est soudainement accusé d’être un blog de propagande alors que nous nous contentons, comme nous l’avons toujours fait, d’exposer des opinions personnelles, et que, pour couronner le tout, nous recevons des mises en gardes du type « Ne craignez vous pas de perdre le lectorat que vous avez acquis en changeant la ligne éditoriale actuelle (…). Je me suis attaché à vous, je ne dirais pas « c’était mieux avant » mais réfléchissez aux conséquences », je réalise que quelque chose ne tourne pas rond.

w

 

La première chose qui me frappe, c’est que personne ne semble trouver anormal qu’il existe encore des opposants à Israël. Entend-on parler d’opposants à la France, aux Etats-Unis, ou même à l’Iran et à la Russie ? Des opposants à la politique française ou américaine, certes, aux régimes iraniens ou russes, certes, mais qui -à part Osama et ses potes- oserait se définir comme une opposant à ces nations elles-mêmes? Quel être civilisé aurait l’audace de contester le droit fondamental des ces États-nations à exister, quand bien même leurs dirigeants se rendraient coupable d’agissement atroces (ce qui est déjà le cas pour certains) ? Et pourquoi, après plus de 60 ans d’existence, s’autorise-t-on encore et toujours à remettre en question l’existence même d’Israël ?

Ensuite, que les palestiniens (dont la souveraineté est en jeu) et les juifs du monde entier (pour qui Israël représente une terre d’accueil dont les portes leurs seront toujours ouvertes) s’enflamment sur le sujet, rien de surprenant. Mais pourquoi diable tous les ploucs de France et de Navarre se montrent-ils aussi fanatiques sur la question, y compris ceux qui se foutent intégralement de la politique internationale ? Comment expliquer que notre premier exode notable d’abonnés intervienne à propos d’un sujet qui ne concerne pas de près -ou même de loin- la majorité de nos lecteurs ?

Pour ma part, je me réjouis chaque jour qu’Israël existe. Pourquoi ? Nul besoin de prétendre à une quelconque objectivité : parce que je suis juif. Personne n’a jamais fait de mystère sur le pourquoi de l’existence d’Israël : après des siècles d’apatridie plus que périlleuse, les juifs du monde entier peuvent enfin respirer à l’idée qu’en cas de pépin, une terre existe sur la planète pour les accueillir. Comme l’a remarqué Golda Meir en 1938 à l’issue de la conférence d’Evian -au cours de laquelle 32 pays, à l’exception notable de la République Dominicaine, ont poliment refusé d’accueillir les populations juives victimes des persécutions nazies :

Il n’y a qu’une seule chose que je souhaite voir avant ma mort, c’est que mon peuple n’ait plus jamais besoin d’expressions de sympathie.

Sans chercher à m’ériger une statue, je peux vous certifier qu’en tant que juif pédé, pas grand-monde ne sait mieux que moi ce que ressentent les minorités (quoique j’ai un jour rencontré une lesbienne mi-noire mi-juive qui répondait au doux prénom de Morton), et s’il existait quelque part un Pédéland dans lequel les homosexuels n’auraient pas à se soumettre aux lois des hétéros, et où je pourrais obtenir les même droits qu’eux, sachez que je m’en réjouirais de la même façon. Je ne ferais pas nécessairement mes bagages dans l’instant pour y émigrer, mais je serai heureux et rassuré qu’un tel lieu existe. Il en va de même pour Israël.

Je n’oublie pas qu’il y a 70 ans, les quelques centaines de juifs qui restaient sur l’île de Rhodes -ma famille- ont été rassemblés sur la place principale de la Juderia, et envoyés à Auschwitz. Parce qu’ils n’avaient nulle part où aller.

x

 

Israël a été créé pour que le peuple juif puisse -enfin- disposer de lui-même. C’est pourquoi je me torche respectueusement avec les opinions -valables ou non- de ceux que l’État d’Israël ne concerne pas.

S’il y en a que ça dérange, la porte est grande ouverte.

Lalalaaaaa des blagounettes

wPour couper court à l’ambiance lourde et tendue des commentaires des deux derniers articles, j’ai décidé d’écrire un truc léger, avec des blagues dedans. En gros, je me plante tout seul dans la position de l’humoriste qui débarque dans une salle juste après l’effondrement du toit et qui doit faire rire au milieu des décombres, des cris, des corps démembrés et de la mort.

« Alors c’est l’histoire d’un mec qui entre dans un café et PLOUF! »

Mouche qui vole, silence gêné. En un mot #malaise.

Alors plusieurs choses. Vu que depuis hier et le second coming out du Pédé, on a eu droit à une bonne branlée de commentaires qui sentent très fort la poubelle et me font parfois penser à un débat d’idée à Postdam en 1939 (Et puisqu’il faut tout préciser sinon tu te fais brûler sur place par les gens qui lisent les billets en diagonale, je ne parle pas de tous les commentaires, parce qu’aucun de nous n’a malheureusement le temps de tous les lire sur ce genre d’article, mais seulement ceux virant un peu trop à droite de la droite de la droite), et que cette phrase est anormalement longue et qu’il faut donc la conclure, moi aussi je vais faire mon coming-out:

JE SUIS MUSULMAN

Et donc du coup, comme d’aucuns de nos lecteurs se sont subitement transformés en Claude Guéant du pauvre en avançant que C’est La Gêne était devenu une « officine de l’Internationale Sioniste », je vous annonce aussi mon intention de transformer le blog en officine d’Al Qaïda.

Désormais, je ne parlerai que du Jihad dans lequel je vais me lancer dès demain armé de mon bouquin LA GUERRE SAINTE POUR LES NULS. Tous mes articles commenceront et se conclueront par des citations de Tariq Ramadan, le plus grand penseur de cette première moitié de 21ème siècle (je prend de l’avance vu qu’on va tous crever en 2012).

Je vous saurai gré de bien vouloir porter la barbe jusqu’aux épaules si vous êtes un mec, et le Niqab jusqu’au bout des ongles si vous êtes une meuf, et vous inviterai à chaque début de semaine à venir retrouver notre nouvelle rubrique « les explosifs en riant », dans laquelle je vous expliquerai comment créer une arme de destruction massive à l’aide d’une andouillette, de scotch et d’un peu de ketchup.

J’aimerais aussi qu’on marche tous du même pas en ne parlant pas de 2011 mais de l’an 1432 de l’Hégire. Toute entorse à cette règle se verra punie de 20 coups de fouet sur la pelouse du Parc des Princes (vous pensiez vraiment que les Qataris avaient racheté le PSG pour voir du foot?).

Le blog se verra donc renommé C’est La Charia et vous n’aurez que vos yeux d’infidèles pour pleurer, bande de mécréants de mes burnes.

Ca vous paraît exagéré? Complètement ridicule? Relisez ce que certains d’entre vous ont écrit ces trois derniers jours et on en reparle.

Etre un mauvais coup et ne pas le savoir (post destiné aux femmes)

Être est un mauvais coup, c’est dur. Mais relativisons, ne pas donner de plaisir à son partenaire c’est moins grave que tirer le sac-à-main d’une vieille dame dans la rue par exemple. Être avec un mauvais coup, ça n’est pas simple non plus: très souvent, partager de nombreuses et frustrantes nuits avec le dit mauvais coup amène à des dilemmes cornéliens qui finissent par nous pourrir l’existence: dois-je le lui dire au risque de la froisser? Saura-t-elle entendre mes doléances pour s’engager sur la voie du progrès? Dois-je m’asseoir pour le restant de mes jours sur mon droit fondamental au grimpage de rideau? Ou bien, dois-je prendre mes clics et mes clacs et tenter de trouver mon bonheur ailleurs, tout simplement?

Apprendre à décrypter dans l’attitude d’un homme les signes qui renseigneront sur votre capacité à le « rendre heureux » sera donc la première étape de votre rédemption de mauvais coup. Face aux moins douées d’entre vous, nous les hommes, réagissons de deux manières différentes. D’abord il y a ceux qui font le choix de ne rien vous dire du tout: ceux là sont les gentlemen/poltrons. Mon pote Lucas est de cette catégorie de mecs. Lucas est persuadé que mettre des mots pour pointer l’incompétence de sa copine est, d’une part, inélégant mais surtout totalement contre-productif. Persuadé que sa partenaire est faite en sucre, il est de ceux qui se sont fait une raison: du sexe médiocre vaut mieux que pas de sexe du tout. Drapés dans leur flegme, Lucas et ses congénères guettent patiemment (ou fébrilement) le jour où la fée des nuits torrides viendra changer d’un coup de baguette magique leur dulcinée timorée en amante bouillonnante. Et puis il y a ceux qui, en vous regardant droit dans les yeux, vous révèlent que vous ne valez pas un clou au pieu et que vous avez dépassé le stade de la douceur pour atteindre celui de la mollesse. Mon autre pote Enzo est de cette race de mufles qui dit tout haut ce que les gentlemen/poltrons pensent tout bas. Dans la petite conversation post-coïtum au cours de laquelle le debriefing est courant, Enzo n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Au risque de se faire crever un oeil à coup de talon-aiguilles par son interlocutrice médusée, il ne se gênera pas pour comparer le sens du rythme de la jeune femme à celui d’une cuiller en bois.

J’aurais, pour ma part, tendance à appartenir à une troisième catégorie, celle des diplomates. Si je pense qu’il ne faut pas avoir peur de vous dire ce qui ne va pas (si vous êtes capables de vous épiler à la cire brûlante, vous pouvez encaisser ce genre de broutilles), il est préférable de le faire en utilisant le seul langage qui vaille, celui du corps. Guider avec ses mains peut en effet être un début de solution. Mais si je dois utiliser des mots pour rendre ma requête plus intelligible, je n’hésiterai pas à le faire. Ayant cessé de croire en cette idée naïve qui veut que des amants doivent se comprendre sans se parler, je peux causer technique sans entrave afin de jouir sans entrave. « J’aimerais que tu ailles plus vite à tel moment. J’apprécierais que tu me susurres telle cochonnerie à tel autre moment. Je voudrais que tu lèches cette partie précise de mon corps etc. » Ce genre de phrases peut sonner bizarre lorsque l’on n’est pas habitué à les formuler mais, à bien y réfléchir, elles ne sont pas plus illégitimes que celles du type « Ce serait cool si tu mettais un peu moins de poivre dans ton chili con carne ».

C’est donc l’une des vertus majeures du langage: remédier aux préliminaires bâclés, aux petits baisers plutôt inoffensifs, aux mouvements tristement répétitifs et aux chili con carne trop épicés. Si cela permet aux mauvais coups d’hier de devenir les sex machine d’aujourd’hui, alors pourquoi s’en priver? La paix des plumards est à ce prix.

Ma vie d’expat, première partie

Ça fait trois semaines que je suis partie de Paris et même si le beau temps et l’absence de patron pourraient laisser penser à des vacances prolongées, le rythme intensif auquel je suis soumise depuis mon arrivée m’a bel et bien jetée de plain pied dans la vie israélienne.

A ce stade de mon immersion dans un pays à la fois étranger et familier, j’ai ressenti le besoin impérieux de vous faire part de certaines de mes impressions et anecdotes malheureuses.

xLa première chose que j’ai notée est liée à la France. Je l’oublie très vite. Il m’a fallu deux semaines pour remarquer que depuis la salle où je suis mes cours d’hébreu, je peux apercevoir le drapeau du consulat français flotter au loin, à côté de celui de l’Union européenne. Ça fait un effet étrange de se dire que je n’ai pas vu ou reconnu la bannière tricolore pendant 15 jours. Ça peut paraître anodin mais ça ne l’est pas pour quelqu’un qui a toujours eu la chair de poule et les larmes aux yeux en apercevant les trois mêmes couleurs sur l’aile des avions Air France dans un aéroport étranger. De même, j’ai très vite oublié de lire les infos sur le site du Monde, du Figaro, sur Google.fr, et quand je décide d’aller y faire un tour de temps en temps, je suis effarée de voir que le sport est si souvent à la une, et de noter mon désintérêt profond pour la campagne présidentielle qui se prépare. A tel point que j’hésite à m’inscrire au consulat pour voter. (J’entends déjà les hurlements de joie de ceux qui me prennent pour une petite Nétanyahu à poitrine et donc une sarkozyste forcenée). La seule chose qui me fait hésiter c’est mon expérience personnelle de 2002. J’étais étudiante à Londres à l’époque et n’avais pas pris la peine de m’inscrire au consulat ou de faire une procuration à quiconque. J’avais prévu de rentrer pour le second tour et de voter pour Jospin (et oui, comme quoi…) contre Chirac. Vous connaissez la suite, et même si mon vote n’aurait pas tout changé à lui seul, j’ai un peu culpabilisé de ne pas avoir effectué mon devoir civique.
En revanche, je dois reconnaître m’être tout de même précipitée sur YouTube le lendemain de l’intervention de DSK sur TF1. Ce que j’en ai pensé : pas grand chose si ce n’est que Nafissatou Diallo est bien plus efficace que Dukan pour faire maigrir un homme.

Aussi vite que la France sort de mon quotidien, j’ai le sentiment de sortir du sien. Mes collègues m’envoient moins d’emails, certains de mes amis se font moins présents, ce que je ne leur reproche pas. J’ai moi-même été de l’autre côté quand ma copine Mélanie est partie à Hong-Kong. Elle m’a souvent dit que c’était étrange de voir que les gens n’appelaient pas, ou moins souvent. Outre le coût des appels, je comprends désormais ce qu’elle voulait dire. Mais on a décidé de partir non ?

Même si je ne suis pas officiellement une immigrée puisque j’ai un statut d’étudiante pour un an, je le vis de la même façon. Je ne connais que très peu la langue, apparemment je ressemble à une française, sans doute à cause de l’absence de crocs ou de chaussures orthopédiques à mes pieds (ce qui signifie que je ne m’assimilerai JAMAIS), je ne maîtrise pas encore très bien la monnaie et je calcule dans ma tête avant d’acheter quelque chose (et ça prend du temps parce que diviser par 5, c’est compliqué), j’ai encore du mal à sortir de chez moi sans gilet malgré les 30 degrés tenaces, et si je n’ai aucun mal à gérer la non possession de voiture, je m’aperçois toujours trop tard que les sacs à main qui pèsent 50 kilos ne sont pas pratiques, j’apprends aussi à gérer les différentes paires de chaussures qu’il faut avoir sur soi pour pouvoir marcher de grandes distances tout en ayant l’air sérieuse quand nécessaire. Bref, je suis comme un bébé qui apprend à marcher, je tâtonne.

Quand j’ai un peu de temps, je vais faire du sport, parce que même à l’étranger je mange du chocolat, et même à l’étranger, le chocolat n’est pas automatiquement éliminé par l’organisme. Ce qui est agréable c’est que le sport ici, ça peut aussi être de la natation en plein air puisque les piscines ne sont pas couvertes avant le mois d’octobre. C’est là que je dois vous raconter mon premier faux-pas d’étrangère. La plupart de mes affaires doivent arriver par bateau, mais elles ont été retardées à cause des attaques terroristes d’Eilat au mois d’août. Donc je n’ai pas mes maillots de bain. Et comme je voulais absolument profiter du beau temps, je suis allée en ville il y a deux semaines pour me trouver un maillot de bain mettable et bon marché. Dans une petite boutique pour ados je trouve un maillot deux pièces acceptable et surtout bradé à l’équivalent de 4 euros. Autant vous dire que je n’ai pas hésité. Et me voici dans ma piscine avec mon petit (très petit) maillot avec des nœuds dans le dos et sur les hanches. Un machin une pièce Go-sport aurai été préférable mais on fait avec les moyens du bord quand on ne sait pas où se trouve le Décathlon local. Je fais mes 72 longueurs (je suis quelqu’un de très modéré) et quand je me lève pour sortir, je fais une « Sophie Marçade ». En d’autres termes, j’expose à la vue de certains et certaines un bout de poitrine. J’hésite entre mortification et rire. Je pense à Sophie, à Tartuffe, et là je réalise qu’il y a une demi-douzaine de dames qui me fusillent du regard. Ça va, faut pas exagérer, me dis-je d’abord. Mais je suis à Jérusalem. Toutes ces dames ont non seulement des maillots une pièce mais aussi une petite jupe intégrée et des manches courtes. En fait, elles ne sont pas du tout en maillot mais en combinaison. Et leurs maris et enfants sont là. Et moi, je porte un truc digne des plages de Rio et en plus je montre mes seins. Sur ces entrefaites, j’ai failli prendre un billet d’avion, mais j’ai décidé de persister un peu plus.d

Bref, assez parlé futilités. Soyons plus sérieux. Je suis une sorte d’immigrée. Je suis donc une nouvelle minorité. Je suis une française, avec tous les préjugés que cela implique. Je suis forcément un peu snob, anti-israélienne, de gauche, je mange des kilos de fromage, beaucoup de vin, et je ne me lave pas beaucoup. Comment vous dire ? En tous les cas c’est intéressant mais très crispant de voir les regards, les sourires, les airs suspicieux quand ils vous entendent parler hébreu et qu’au premier mot ils vous disent : « Ah ! Tsarfatit ! » (ce qui signifie « française »). C’est souvent suivi d’un sourire narquois ou sincère et de quelques mots français dans un ordre dénué de sens, du type : « Ah, l’amour, Paris, Sarkozy, les Champs-Elysées, merci beaucoup, bonjour, Tour Eiffel, fromage ». Et ensuite, ils vous parlent en anglais, refusant d’admettre que vous pouvez déjà vous débrouiller un peu dans leur langue. Mais comme mon prof d’hébreu, Akiva, me l’a imposé, je dois insister et parler hébreu. Sauf qu’à ce stade, je suis forcément déstabilisée. Et voici qu’au lieu de demander une portion de pastèque à un stand de fruits, j’insiste pour avoir une portion de tomates. Passé le moment d’embarras et d’incompréhension, je peux repartir avec ma pastèque. Ce fut plus gênant quand j’ai demandé un jus d’homme au lieu d’un jus de carottes (« guéver » au lieu de « guézer »), mais ça a beaucoup fait rire dans tout le resto. Je suis devenue une sorte de clown à mon insu. Je ne suis pas sûre d’adorer.

Bonjour, est-ce que je pourrais avoir un jus d’homme s’il vous plaît?

Je me démène donc pour intégrer cette nouvelle culture, ces nouvelles habitudes, ces nouveaux codes. Et ça vient vite. Moi qui étais une obsessionnelle de la prévision, de l’exactitude, et de la précision, je m’adapte à la culture orientale et je me détends. Je vis au jour-le-jour, et si je pense à mon avenir, je vis le présent avec plus de facilité. Je découvre petit à petit les rares endroits ouverts le samedi, shabbat, en grande partie fréquentés par les touristes et les intellos-bobos-laïcs de Jérusalem. J’ai de nouvelles appréhensions et apprécie l’absence d’autres craintes, je dois me faire à une nouvelle lessive, de nouvelles odeurs, au fait de ne pas comprendre quand des vendeuses parlent de vous dans votre dos et vous appellent « la touriste », mais je m’amuse de pouvoir leur dire : « non, je ne suis pas une touriste » avec un sourire en coin. Elles sont mortifiées mais rassurées de voir que ma compréhension ne va pas beaucoup plus loin pour l’instant. Il faut donc bosser dur si on veut décoller l’étiquette touriste posée sur son front. Tout regarder, tout découvrir, tout dévorer. Et c’est ce que je fais.

Je me sens beaucoup trop loin de la vie que j’ai quittée pour y retourner. Je pense à mon appart parisien et même s’il est incomparablement mieux que celui que j’ai ici, je ne le regrette pas et j’espère ne pas avoir à y retourner, je pense à mes collègues, à mes amis, à ma famille, à ma voiture que je viens de vendre (ce qui est une sorte de miracle), et si parfois j’ai un petit pincement au cœur, il me suffit de m’arrêter sur le petit pont que je traverse tous les jours, de regarder la ville et je sais pourquoi je suis ici. Je me demande seulement ce qui m’a pris tout ce temps.

s