Chez Macy’s

Je ne sais pas à quoi je m’attendais spécialement en allant chez Macy’s…Ou plutôt, je sais, c’est bien là le problème.

Je m’étais imaginée qu’un aussi grand temple de la consommation décelait sûrement quelque chose d’unique, sans jamais mettre de mots là-dessus. Puis en feuilletant le guide du routard de New York (Ne me jugez pas, on me l’a offert comme si je partais explorer le mont Kivu), j’apprends que cet immense espace est un incontournable pour quiconque souhaite faire du shopping à New York. Craignant même de devoir dépenser plus que prévu, je prends peu d’espèces sur moi en m’y rendant. Je m’excuse pour la pauvre qualité des photos, je les prenais en cachette, ce qui n’est pas une mince affaire vu la taille de l’appareil, bref.

Une fois sur place, que dire…..

Rez-de-chaussée entièrement consacré à la parfumerie (rien à redire) et à la maroquinerie un peu bizarre. Comme entrée en matière, j’ai vraiment connu mieux. COACH, Longchamp,Louis Vuitton..même la sélection de produits de ces marques n’est pas terrible du tout. Ne m’attardant pas là, je file voir les vêtements. Après tout, le plus grand magasin de la grosse pomme ne peut quand même pas être parfait, mais ne peut pas être naze non plus.

Spectacle de désolation. J’ai beau arpenter les rayons, m’attarder sur les pièces, je suis sidérée par le choix des marques distribuées, tout comme par les pièces en elles-mêmes. De la fourrure flashy, des rayures à profusion, l’assemblage des looks sur les mannequins est horrible, les couleurs criardes, les imprimés sur des coupes hasardeuses..bref, je fais rapidement la tête de l’enfant à qui on vient de gâcher sa surprise. Et puis je monte à l’étage suivant. Puis l’étage d’après..triste constat.

Alors, j’exagère un brin c’est vrai, les pièces de chez I.N.C. (choisies par Anna Dello Russo) sont pour certaines, de très bons basiques mais le nombre de bonnes pièces par rapport à l’espace de vente est juste incroyablement ridicule.

Je file même, par désespoir, du côté des Soldes (on ne sait jamais)..

 

Une succession de fringues plus laides les unes plus que les autres, au point où je me demande comment elles ont d’abord pu être vendues en rayons avant de se retrouver là. Et c’est peut-être cela qui m’a fait réfléchir. C’est de voir autant de monde se bousculer pour acheter… Du coup, j’en arrive à me dire, soit j’ai des goûts vraiment particuliers, soit la clientèle américaine moyenne a des goûts douteux en matière de Mode.

Alors bien sûr, PERSONNE ne détient le bon goût absolu et peut-être que si j’étais d’origine américaine, je n’aurais pas cette position. Mais tout de même. Je pars du principe (cela n’engage que moi), qu’entre le Beau et le Laid, il y a une espèce de juste milieu où l’on s’accorde à dire que tel objet est plus ou moins beau ou non. Par exemple, des sabots UGG avec de la fourrure rose, des clous sur le côté et un talon en bois verni, je suis désolée, c’est LAID, peu importe l’angle de vue (je parle de l’esthétisme, pas de la praticité ou de l’accessibilité en termes de prix). Je me répète, la loi des goûts et des couleurs etc, je connais. Mais ici, j’ai comme l’impression qu’il n’y a pas de nuance, à chaque fois que je vais dans une boutique et que je regarde les acheteuses (désolée, déformation d’étudiante en Marketing & Comportement d’achats), elles vont toujours chercher les PIRES pièces du magasin. Parfois, elles passent devant de belles blouses en soie..pour aller chercher le t-shirt “JUICY COUTURE” avec la couture et le logo couleur or. J’ai observé cela dans chaque magasin, peu importe la gamme de prix, le quartier, le style.

Quand je regarde Macy’s et que je lui cherche des comparaisons françaises, les Galeries Lafayette et/ou Citadium me viennent à l’esprit, bien que ces deux soient en moyenne plus chers en termes de marques distribuées. Ceci étant, le merchandising et les marques sélectionnées sont quand même hautement plus qualitatives dans ce qu’elles proposent. Alors, problème de cible ? Peut-être que finalement, Macy’s n’est pas un “grand magasin” avec l’espèce de “noblesse” que cela comprend, mais plutôt un centre commercial géant. Ou peut-être que je devrais trouver satisfaction chez Bergdorf, Barneys et Saks (encore faudrait-il que je puisse pouvoir me l’offrir huh..).

Ce qui est sûr, je vous recommande d’y aller histoire de dire que vous y avez fait un tour, mais question shopping: note négative, même pas la peine de s’y arrêter.

Les grands magasins

Laissons les “grands magasins” quelques instants, et changeons d’ambiance.

Nous voici, ma cousine et moi, à Canal Street à Ka Chinatown après une virée à Times Square.

A peine sorties du métro, nous nous faisons accoster par un pakistanais qui veut ABSOLUMENT nous vendre des parfums..

D’abord dubitative devant certaines boîtes de fragrances à l’orthographe douteuse, je lui laisse sa chance et je sens le “J’adore” de Dior.  Devant la grimace que je fais quasi-instantanément, le vendeur insiste sur le fait que le parfum soit authentique..Hé bien ma foi, je peux vous assurer que la seule chose qui méritait un tampon ” De Paris ” dans tout ce magasin…c’était moi. Nous nous sommes dépêchées de sortir avant de mourir asphyxiées.

C’est alors que je tombe sur une enseigne que j’avais visité quelques jours auparavant, sur Broadway: Mystique Boutique.

J’avais prévu d’y retourner, mais c’était sans savoir qu’en fait, Mystique n’est pas un store unique mais une mini-chaîne de boutiques, que l’on pourrait comparer à Miss Coquines en France car leurs concepts sont assez similaires comme vous allez le voir.

Point essentiel chez Mystique Boutique: LE PRIX. Les articles ne sont pas d’une qualité folle (c’est plutôt cheap), les cabines d’essayage sont un peu sommaires, les fabricants sont asiatiques, le merchandising n’est clairement pas une priorité..Mais vous savez quoi ? De toutes les boutiques que j’ai pu visiter jusqu’à présent, Mystique est la SEULE où j’ai trouvé des vêtements vraiment intéressants et portables. Je suis d’ailleurs repartie de là avec un blazer rose, après avoir craqué sur des blouses camel, des jupes plissées longues à 25 dollars ou encore des compensées en daim (mais comme d’hab, il n’y avait pas ma pointure, bref..).

Je tiens à préciser que les imprimés aztecs font un malheur en ce moment par ici pour quiconque s’habille hors de chez American Eagle ou Old Navy. J’ai failli moi-même céder en embarquant une jupe-bandeau dans ces imprimés, avant de me rétracter. Comme d’habitude, j’ai observé les fashionistas qui sortaient des cabines d’essayage pour voir à quoi ressemblaient leurs potentiels achats dans le miroir..Et comme d’habitude, elles délaissaient généralement ce qu’il y avait de plus trendy dans la boutique, pour aller chercher des leggings à rayures bariolées  ou des crop tops bleu électrique avec inscrit grossièrement en noir sur le devant ” HOT “. *je secoue ma tête très fort de gauche à droite*.

Après avoir passé près d’une heure et demie dans le magasin sans nous en rendre compte, on sort afin d’aller dîner. Ah..que serait un quartier chinois dans une métropole sans ses restaurants asiatiques…et ses vendeurs (ici pour la plupart ouest-africains) de contrefaçons ?

Maintenant je comprends pourquoi la moitié des filles de Harlem a un damier Speedy signé “Lou Voutton” *prononciation locale

La ville du début de la fin du début

Après les articles récemment consacrés par la Meuf et le Pédé au pays le plus détesté au monde et à l’avalanche de commentaires passionnés qui s’en est suivie, j’ai décidé de calmer les esprits et donc de vous parler du deuxième pays le plus universellement haï. Plus précisément, je propose à ceux que cela intéresse de partager les quelques impressions qui me sont venues lors de toutes récentes déambulations dans la ville de New York, capitale symbolique des États-Unis.

f

 

C’est ma première fois à NYC. Techniquement, ce n’est pas tout à fait vrai mais vous allez vite comprendre. Ma vraie première fois là-bas fut un rendez-vous manqué. Elle eut lieu lorsque j’avais 15 ans; mes parents avaient à l’époque consenti à verser une exorbitante somme d’argent au comptable grisâtre de mon collège afin que leur rejeton puisse enfin vivre son rêve américain dans le cadre d’un séjour linguistique censé faire de lui un parfait petit polyglotte. Le dit rejeton (pour qui le nec plus ultra vestimentaire se résumait alors à ça) se retrouva donc avec ses jeunes camarades provençaux sur les rives que foulèrent John Smith et ses potes colons quelques 400 ans avant. À l’époque, l’Amérique était tout pour moi: j’avais grandi avec Rocky, Indiana, Macaulay, Luke ainsi que les Gremlins et j’imaginais que le pays qui avait donné naissance à tous ces mythes sur celluloïde était le seul qui vaille la peine qu’on y vive. Anyway, ce voyage incluait plusieurs jours à NY mais pour d’obscures raisons d’organisation (ou plus vraisemblablement de malversations financières orchestrées par le comptable grisâtre), nous n’avons finalement passé qu’une petite après-midi dans la grande pomme pour une vingtaine de jours gaspillée dans la très peu excitante banlieue de Baltimore. Une après-midi (dont deux heures perdues à Chinatown) sur l’île de Manhattan: autant essayer  de parcourir la Russie en 20 minutes. À peine le rêve avait-il commencé que notre bus nous reconduisait déjà vers le misérable Maryland, nous éloignant pour toujours de Time Square et de ses lumières. Pendant que mes « collègues » se montraient les Oakley de contrefaçon dont ils avaient fait l’acquisition à Chinatown, je demeurais tel Moïse, le visage pressé contre la vitre du bus, fixant cette terre promise sur laquelle il ne m’avait pas été permis de m’établir.

C’est cet adolescent frustré qui débarqua la semaine dernière à NYC, bien décidé cette fois-ci à croquer la grande pomme à pleines dents. Mais c’est aussi un européen de 32 ans, nourri à la méfiance à l’endroit de ce qui lui a été vendu comme le rêve américain qui abordait ce périple, bien décidé à ne pas s’exposer à de trop grandes quantités de poudre aux yeux.

s

 

Alors que dire? Tout d’abord lorsqu’on se balade sur la cinquième avenue, un mot vient immédiatement à l’esprit, semblant résumer à lui seul ce monde: solidité. À Manhattan, tout a l’air très solide pour ne pas dire increvable. Les bâtiments évidemment, mais surtout les personnes: les agents du NYPD à la silhouette taillée dans le granit feraient passer nos gendarmes pour des pygmées anémiques; les traders du financial district portent des chemises donnant l’impression de recouvrir des gilets par balle. Et que dire de ces joggeuses blondes aux jambes interminables faisant leur course quotidienne dans Central Park et dont la cadence indique moins une ascendance irlandaise qu’une nature de cyborg. C’est cette solidité qu’ont voulu mettre à mal Oussama et sa clique. Y sont-ils parvenus? Difficile à dire. Les deux guerres menées dans la dernière décennie par l’Amérique pour rappeler au monde qui est le patron montrent que le mythe de l’invulnérabilité reste à la nation américaine le plus puissant des aphrodisiaques. Mais lorsqu’on croise les silhouettes courbées des familles des victimes des attentats du WTC le jour des commémorations, on ne peut s’empêcher de penser que le colosse boitillera encore de longues années.

La solidité s’amollit encore à mesure que l’on remonte vers le nord de la ville; passé l’Upper East Side et ses portiers qui attendent fébrilement que les cols blancs arrivent en taxi afin de leur ouvrir la portière et de se saisir de leur serviette, nous entrons dans l’autre NY, celui de East Harlem, de la vie de rue, des slums et des sourires édentés. Ici, difficile de ne pas être pris d’une sorte de malaise: je m’interroge sur ce qui m’attire dans ce spectacle pittoresque de la misère. Mais ici, on n’est bizarrement moins dépaysé: Harlem ressemble à la Goutte d’or ainsi qu’à tous les quartiers populaires des grandes métropoles. Les familles afro-américaines dont les ancêtres furent débarqués ici les chaînes aux pieds y côtoient des africains arrivés récemment de leur plein gré dans ce qui ressemble à une mauvaise blague de l’histoire. On trouve sur les étals des marchands de rue toutes sortes de « remèdes » à la misère spirituelle contemporaine: des corans et des bibles à foison, de l’encens, des livres d’initiation au chamanisme, des discours sur K7 audio du leader radical Louis Farrakhan ainsi que des DVD à la jaquette flanquée d’un dragon à cornes, expliquant la vraie nature des Juifs.

Pour autant, le racisme ordinaire a très mauvaise presse à New York. Lorsque je prends le metro pour me rendre à Coney Island, je me dis qu’en France, la lepenisation des esprits n’est pas un risque que nous encourons mais une réalité consommée depuis bien longtemps. Ici, nous étions encouragés il y a encore quelques mois à débattre de l’identité nationale; là bas, un flic sur deux porte un nom à consonance étrangère. Ici, nos intellectuels de droite nous expliquent qu’être français c’est connaître sur le bout des doigts Les Essais de Montaigne tandis que la gauche nous explique que le plus grand fléau se nomme communautarisme; là bas, les jeunes enfants mexicains font des caprices en espagnol en les ponctuant de « Please!!!! » pour mieux attendrir leur génitrice soucieuse d’intégration. Les choses ne sont certes pas parfaites: les immigrants venus du Moyen-Orient sont regardés de travers dès qu’ils oublient de tailler leur barbe; les vieux russes de Brighton Beach maugréent dès qu’un groupe de lycéennes black aspirantes Destiny’s Child piaille un peu trop fort et les ouvriers portoricains se bidonnent lorsqu’un hassidique en schtreimel et caftan entre dans le wagon (il fait 28° à l’ombre). Mais, par je ne sais quel miracle, tout ce petit monde cohabite. Il ne s’agit pas de dire que la question raciale en Amérique est ignorée, elle est en réalité dépassée. Pour se convaincre de ce décalage avec notre propre rapport à la donnée raciale, il suffit de se souvenir combien les élites françaises avaient été ébahies que les américains se choisissent un président de couleur tandis que ces derniers se contentaient juste d’élire l’homme le plus compétent pour le job.

En France, nous continuons de nous fourvoyer en faisant le pari de l’intégration des communautés immigrées par le biais de ce que nous appelons « valeurs »: valeurs françaises, valeurs républicaines, attachement à la laïcité… Les américains eux font le pari de l’intégration par le dollar. Ce qui peut arriver de mieux à une communauté est que celle-ci finisse par déserter le ghetto auquel elle était confinée au bout de 3 ou 4 générations: il n’y a plus guère d’italiens à Little Italy, seulement 2 ou 3 vieux à gourmettes tout droit sortis des Soprano et prenant l’anisette à coté des terrasses bondées de touristes où ce sont les hispaniques qui ont repris le flambeau des pâtes à la sauce marinara. Les italiens de New York, de la même manière que les irlandais et les juifs d’Europe centrale ont cessé depuis longtemps d’être circonscrits à une identité extérieure et rustique: ils se sont totalement coulés dans l’identité new yorkaise, la façonnant au passage pour une bonne part.

xLa plus grande garantie de paix sociale réside ici dans la capacité des individus à créer les conditions de leur confort matériel. C’est à cela qu’aspirent ces peintres en bâtiment chicanos: manger chaque jour de la viande enragée pour la pause déjeuner, accroupis au pied des immeubles huppés qu’ils érigent afin de permettre plus tard à leurs enfants de vivre dans ces mêmes demeures. Mais cette quête est exténuante et nous rappelle à quel point demeure en Europe une certaine douceur de vivre que nous ne sommes pas prêts à remiser contre tout l’or du monde. Cette angoisse permanente de la subsistance est prégnante; je ne peux que noter l’amertume du regard de ce chauffeur de taxi venu du Penjab se reflétant dans le rétroviseur lorsque je lui demande s’il est heureux ici. Celui-ci me répond, après un rire nerveux, qu’il n’a jamais vraiment eu le temps de se poser la question, trop occupé qu’il est à « essayer d’agrandir l’écart entre ce qu’il dépense pour vivre et ce qu’il gagne ».

De la très impressionnante cathédrale St Patrick aux innombrables temples protestants, en passant par les dizaines de synagogues et centres islamiques, New York ne semble pas moins religieuse que Jerusalem. Partout on a la sensation que Dieu a les yeux braqués sur la cité, prêt à la bénir ou à la fracasser de ses châtiments. Cette promesse du paradis et de la damnation pétrifie lorsqu’on admire les fresques du hall du Rockefeller Center qui sont au libéralisme économique ce que le plafond de la Chapelle Sixtine est à l’Église apostolique romaine. Ce mythe de NY comme lieu de commencement de la fin des temps a nourri le travail de grand nombre d’auteurs, de penseurs et de cinéastes qui ont vu dans la ville qui ne dort jamais une résurgence de Babel, cité humaine arrogante détruite pour avoir voulu défier Dieu. Mais lorsque je finis la journée à Central Park et que je tombe inopinément sur l’ange qui surplombe la fontaine Bethesda, je me dis, soufflé par tant de grâce, que si cette ville s’avère être le théâtre de la fin des temps, elle pourrait bien être aussi celui du recommencement.

s