mots-clefs :Cinema, Identité Secrète, Louis Garrel, Louise Bourgoin, Monica Bellucci, Rémi Bezançon, Taylor Lautner, Tilda Swinton, Un été brûlant, Un heureux événement, We Need To Talk About Kevin, Woulala ça fait beaucoup de tags tout ça.

Si vous décidez d’aller au cinéma cette semaine, plusieurs options s’offrent à vous.q

Option A:  Contribuer à l’inévitable carton d’Un heureux événement, le dernier-né de Rémi Bezançon -mais si, vous savez bien, le réalisateur du Premier jour du reste de ta vie, ce charmant petit film que vous avez a-do-ré parce qu’il aligne les moments nutella de façon si convenue qu’à un moment ou à un autre vous avez été forcé de vous y reconnaitre (OMG! Ca me rappelle trop quand j’ai quitté la maison/je me suis fait dépuceler/je suis tombé amoureux/j’ai trompé mon conjoint/je suis mort). Après le méga succès du Dernier Jour, Rémi, qui est un peu notre nouveau Klapisch -populaire, sympa, cool, et prompt à vous remuer autant qu’un verre de limonade éventée- a décidé d’adapter un roman, mais attention, pas n’importe lequel: un roman écrit par nulle autre qu’Eliette Abécassis, sans aucun doute l’un des auteurs majeurs de ce nouveau siècle (avec Amanda Sthers, évidemment). C’est l’histoire d’une sorte de couple, joué par deux acteurs suffisamment lisses pour que vous puissiez remplacer leurs têtes par les vôtres, qui se rencontrent, puis s’aiment, puis font un bébé, puis se rendent compte qu’avoir un bébé c’est pas si facile, voire même c’est vachement dur, etc, etc. Nul doute que toutes les greluches en cloque, ou l’ayant récemment été, ou en passe de l’être, ou rêvant de l’être -en bref, TOUTES les greluches- n’auront pas de mal à y reconnaître leur propre expérience et pleureront à chaudes larmes en serrant fort la main de leur fournisseur de sperme. Notons que pour son prochain film, Rémi tentera de ratisser encore plus large en prenant pour sujet un mec qui mange des croissants le matin au réveil.

Option B: Contribuer à la fin du monde en allant voir Identité secrète, aka le-film-avec-le-mec-de-Twilight-mais-pas-Robert-Pattinson-l’autre-celui-qui-a-une-tête-de-con.s

Et non il ne s’agit pas d’une parodie, mais bien d’un vrai film, comme en témoignent les claquage de portes effarés des critiques internationaux au dernier Festival de Venise, ainsi que l’inévitable adoubement de Libé et des Inrocks, qui nous apprenent que « Monica Bellucci irradie comme jamais ». Comme jamais, c’est exactement ça.

Option D: Contribuer au rayonnement de la race humaine en allant voir un très grand film.

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Le hasard des sorties fait parfois bien les choses: si vous cherchez l’antidote à la maternité version Biba d’Un Heureux Événement, goûtez donc à ce poison concocté par Lynne Ramsay, la géniale réalisatrice de Ratcatcher et Morvern Callar, qui est a peu près tout ce que Rémi Bezançon n’est pas (à savoir, une cinéaste). Nulle trace ici de couple jeune et joli, juste une femme, Eva, qui cherche à comprendre comment son rejeton en est arrivé à dézinguer la moitié de son lycée.

En transposant à l’écran le best-seller épistolaire de Lionel Shriver, Ramsay a audacieusement contourné tous les écueils de l’adaptation littéraire: point de monologues intérieurs énoncés par une voix-off lourdement explicative, mais un collage foutrement cinématographique d’images et de sons, qui esquive la psychologie et réduit au maximum les dialogues au profit d’une approche sensorielle cadencée par une utilisation renversante des effets sonores. Juxtaposant différentes temporalités, le récit avance dans un perpétuel état de convulsion, à l’image de celles qui secouent la psyché ravagée d’Eva, qui ne sait toujours pas si elle a enfanté une créature maléfique (le film ne se prive pas d’évoquer Damien et consort avec un humour allègrement sinistre) où si c’est son propre instinct maternel défaillant qui a fait de son fils un monstre. Une question à laquelle Lynne Ramsay se refuse à répondre, et qui ne manque pas de provoquer l’inconfort à mesure qu’émerge une troublante ressemblance entre la mère et le fils, auxquels Tilda Swinton et Ezra Miller prêtent leurs physiques longilignes et dangereusement anguleux. Atteignant ici des sommets d’anxiété étouffée, Swinton trouve en ce jeune acteur de 18 ans un adversaire à sa taille, paralysant d’animosité sournoise. Nul besoin de vous enrober la vérité: vous en ressortirez l’estomac retourné, mais à l’inverse d’Un heureux évenement, vous aurez la satisfaction d’avoir vu un vrai film.